7 novembre 2015

Newsletter #36, Carthagène (Colombie) à Las Lajas (Panama).

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Des vacances du vélo! Voilà ce que nous nous disions en embarquant sur le Wild Card, un voilier de 60 pieds qui fait la traversée de Carthagène, Colombie, à Portobelo, au Panama. Mais ce n’est pas nécessairement reposant de voguer en haute mer la nuit, surtout quand il y a de la houle et que nous sommes confinés dans une cabine exigüe, dans une chaleur humide extrême, parce qu’il serait trop dangereux de rester sur le pont! Nous étions 17 passagers, 5 vélos et 3 membres d’équipage à partager l’espace restreint du bateau pour 5 jours et 6 nuits! Pas besoin de vous dire qu’il faut être patient et ouvert d’esprit, surtout que la plupart des passagers voient ce genre d’expédition comme une belle occasion de faire la fête…vous dire la quantité d’alcool qu’ils ont embarqué au départ, vous auriez pensé que le bateau allait couler! Vous devinez qu’il y a eu plusieurs cas de mal de mer…ou lendemain de veille, c’est selon. Nous y avons échappé, heureusement, grâce à quelques Gravol…et un brin de sagesse! 

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Ces quelques inconvénients sont vite oubliés toutefois, quand après une trentaine d’heures de navigation, le capitaine nous débarque sur des îlots de sable blond, couronnés de cocotiers et doucement balayés par les vagues turquoises de la mer des Caraïbes. De véritables petits paradis tropicaux où il fait bon paresser sur la plage, plonger en apnée à la découverte de beaux récifs ou d’épaves, rencontrer les indigènes Kuna et admirer leur artisanat coloré. Nous passons ainsi 3 jours, d’une île à l’autre, sans autre souci que profiter du moment et savourer la douceur de vivre sous les tropiques. Que restera-t-il des ces îles si belles et si fragiles à la fois, face aux changements climatiques? Déjà quelques-unes sont disparues à cause de la montée du niveau des océans…

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C’est le 25 octobre, au petit matin que nous arrivons à Portobelo au Panama. Mais il est passé 10 heures quand tout le monde est finalement débarqué au port. Un peu tard pour prendre la route, surtout que le soleil tape fort et avec ce taux d’humidité frôlant les 100%, nos corps encore un peu secoués du séjour en mer, ne se sentent pas au top pour pédaler…Alors quand nous trouvons un petit hôtel climatisé pas loin, aucune hésitation, c’est ici que nous passerons notre première journée en Amérique Centrale. Comble de chance, nous avons du wifi, ce qui nous permet de planifier l’arrivée à Panama City en réservant un hôtel, ce qui nous évitera la recherche fastidieuse en fin de journée le lendemain. En effet, la journée sera longue car il y a plus de 100 km à franchir pour arriver à  la capitale de l’autre côté de l’isthme.

Au matin, pas de chance, Charles ne se sent pas très bien, mais n’écoutant que son courage, il enfourche le vélo, et hop! c’est reparti! Denise accepte de bonne grâce de ralentir le rythme. De toute façon, avec la chaleur qu’il fait, difficile de pousser la machine, alors nous nous mettons au rythme des tropiques…c’est-à-dire lentement!

Deux routes plus ou moins parallèles rejoignent Panama City. Pour sauver une dizaine de kilomètres, nous optons pour la ‘autopista’, la route 9, avec son accotement d’au moins huit pieds de large en parfait état qui nous garantit une relative sécurité. Ça roule bien quand des policiers de l’autoroute nous interceptent. Trop dangereux, disent-ils! Nous devons donc nous résigner à sortir de l’autoroute au prochain viaduc, en grimpant le talus sur un sentier à pic,  pour rejoindre la ‘vieille’ route, plus longue et selon nous,  beaucoup plus dangereuse. En effet, l’accotement, quand il y en a un, est étroit et plein de débris en tout genre. Et que dire de la circulation, totalement infernale. Notre conclusion: les ‘autorités’ n’y connaissent vraiment rien sur sécurité pour les cyclistes! 

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L’entrée à Panama City a tout du parcours à obstacles, chaussée en mauvais état, sens uniques partout, même rouler sur les trottoirs s’avère dangereux, tellement ils sont mal conçus. Le soleil est sur le point de se coucher et le compteur affiche 106 km quand enfin, nous posons le pied devant l’hôtel réservé la veille. Dieu merci, l’endroit est à la hauteur de ce qu’ils annoncent et nous nous y posons pour 2 jours, afin de récupérer. 

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Une longue nuit de sommeil au frais remet quelque peu les choses en place et nous avons suffisamment d’énergie pour…magasiner! En effet, il faut absolument refaire notre garde-robe. Blague à part, nous avons quelques ajustements à faire côté tenue vestimentaire, pour nous acclimater à la chaleur, comme nous trouver des sandales Keen pour remplacer nos fameuses bottes de randonnée, parfaites dans les Andes, mais plus du tout adaptées au climat tropical des prochains mois.  Une fois cette mission accomplie, quoi de mieux que passer l’après-midi au bord d’une piscine pour recharger les batteries…

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Nous ne pouvions quitter Panama City sans avoir vu le fameux canal, évidemment. C’est ainsi que nous allons faire un tour aux écluses de Miraflores, où nous assistons au passage d’énormes bateaux. Quelle merveille d’ingénierie! Nous allons aussi flâner dans la vieille ville où d’intenses chantiers de rénovation alternent avec quelques beaux bâtiments coloniaux remis en état. L’endroit a du charme et nous arpentons les ruelles quelques heures avant de reprendre la navette vers le centre-ville moderne.

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Mais il faut bien repartir…L’énergie semble quelque peu revenue pour Charles, alors en route pour l’Amérique du Nord! En effet, nous allons franchir le canal de Panama en traversant le bien nommé pont des Amériques, ce qui nous amène officiellement en Amérique du Nord. Nous nous attendons au pire pour sortir de la capitale mais finalement, la chance nous sourit. D’abord, nous rejoignons facilement la Cinta Costera, une belle piste cyclable dans un parc longeant le Pacifique. Puis au moment où nous pensions devoir traverser un quartier mal famé pour rejoindre le fameux pont des Amériques, voilà que nous apercevons l’entrée d’un Cyclopaseo qui longe l’autoroute de contournement de la vieille ville. Après vérification auprès d’un passant, nous voilà sur une des plus belles pistes cyclables que nous ayons vu jusqu’à maintenant! Isolés de la circulation automobile par un mur de végétation fleurie, avec la mer et une vue imprenable sur le vieux Panama, nous roulons sans stress, quasiment jusqu’à l’entrée du pont. 

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La façon la plus sécuritaire de le franchir, c’est le trottoir, juste assez large entre les deux garde-fou pour nos vélos chargés. Par contre, sur la partie en surplomb du canal, le garde-fou nous séparant de la circulation a disparu. On se sent plus en sécurité à marcher à côté des vélos. Les autos passent vite et le trottoir n’est pas bien large…Vaut mieux arriver tard à destination que vite au ciel, dit Charles. Ah! sagesse…

Au bout de 2 jours à vélo, la chaleur nous tue! Nous décidons donc de faire une pause d’une journée au bord du Pacifique, plus précisément à El Palmar, à l’air climatisé. Charles n’a pas retrouvé toutes ses forces et Denise aussi se sent fatiguée. Décidément, notre voyage a pris une toute autre allure depuis que nous avons quitté le sol sud-américain. Notre moral en prend un coup…

De plus, nos premières impressions du Panama sont mitigés. Le coût de la vie d’abord, plus élevé que prévu, qui fait mal au budget. Il faut dire que le dollar américain en usage ici n’est pas du tout à notre avantage. Côté bouffe, il faut nous résigner à voir encore la formule riz, poulet, plus souvent qu’à son tour, additionné de quelques ‘frijoles’ (fèves), pour faire un peu de variété. Mais comme s’en désole surtout Denise, où sont donc les épices??? Jusqu’à maintenant, partout en Amérique du Sud, à quelques exceptions près, la nourriture n’a rien pour écrire à sa mère…Au Panama, nous apercevons aussi de plus en plus de bannières américaines comme McDonald, PFK et Subway…rien pour exciter les papilles, n’est-ce pas? 

Puis après avoir vu des pays comme l’Équateur et la Colombie où il semble y avoir un bel effort  (pas parfait, loin de là!) pour garder l’environnement beau, ici, retour aux déchets en grande quantité, sur le bord des routes en particulier, comme ce qu’on a vu un peu partout, surtout au Pérou et en Bolivie. Quel dommage de gâcher autant le paysage, sans parler des dommages causés à l’environnement.

Malgré tout, que ça soit à la campagne ou à la ville, même s’ils sont de prime abord plus réservés que les Colombiens, les Panaméens se révèlent très sympathiques, nous encourageant fréquemment avec enthousiasme. De plus, beaucoup s’essaient à l’anglais, tout fiers de nous baragouiner quelques mots…mais reviennent vite à l’espagnol quand on leur répond dans leur langue! 

Notre étape au frais, avec repos complet, a fait du bien et nous repartons lentement de El Palmar…pour nous retrouver soudainement sous la pluie! Tiens, ça manquait à notre expérience, pédaler sous une pluie tropicale! Consolation: ça rafraichit juste assez pour ne pas être désagréable. Heureusement, ça dure à peine une heure, et nos vêtements trempés sèchent le temps de le dire quand le soleil revient percer les nuages.

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Après une étape à Penonome, nous nous sentons d’attaque pour rejoindre Santiago, à 100 km. La route est vraiment plate et nous avons le vent dans le dos! Ça file allègrement et malgré la chaleur, nous nous sentons en pleine forme. Quel plaisir de retrouver notre énergie! Mais tous les deux, nous en avons ras-le-bol de la Panaméricaine, de son trafic infernal et de ses accotements dangereux remplis de débris de toute sorte. Ça tombe bien, peu après Santiago, il est possible de prendre la route 5, moins achalandée, qui va un peu plus au sud, avec en prime un bitume relativement récent. Cependant, on nous prévient qu’il y aura plus de pentes, mais quand on vient de passer plus d’un an dans les Andes, ce ne sont pas quelques petites côtes qui peuvent nous faire peur, n’est-ce pas?

Nous pédalons une première journée à travers ce que nous appelons des collines, et si ce n’était des palmiers, ma foi, ça ressemble un peu aux Cantons de l’Est! Ça nous change du paysage plutôt morne que traverse la Panaméricaine. Après une première étape à Sonà (qui porte très bien son nom!), le parcours devient plus corsé, avec des pentes plus à pic, mais nos jambes ont retrouvé leur vigueur. Si bien qu’après une cinquantaine de kilomètres, faute de trouver un hébergement quelconque, nous décidons de poursuivre jusqu’à Las Lajas. Résultat: 108 km au compteur!

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À Las Lajas, on trouve la plus grande plage d’Amérique Centrale, 20 kilomètres de sable fin balayé par les vagues, rien de moins! Nous méritons une halte repos, alors nous nous installons dans un confortable B&B tenu par Carmen et Levah, pour 2 jours. Au programme, longue marche sur la plage…et repos total! En prime, nous avons droit à un super déjeuner parfait pour des cyclistes affamés. Nous repartons en pleine forme et rejoignons facilement David, la 2ème plus grande ville du pays.

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Ces derniers jours nous ont enfin permis de découvrir un Panama qui a du charme. Loin de la Panaméricaine, on dirait qu’il y a moins de détritus sur le bord des routes et la nature est luxuriante. Des iguanes traversent la route devant nous et comble de chance, nous apercevons de magnifiques papillons bleus! En prime, nous avons l’impression que les gens nous saluent encore plus chaleureusement. Dans un petit magasin où Denise demande de l’eau, le proprio lui donne une grosse bouteille en cadeau, tellement « il est content que nous lui rendions visite »! 

Comme quoi, ça vaut la peine de prendre les chemins de travers, de partir à l’aventure, même si nous n’avons pas beaucoup d’informations sur ces petites routes perpendiculaires à la fameuse Panaméricaine. Qui sait ce qui nous attend…


À suivre…

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